L’alternative

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Proposer une alternative à la dictature du réel

 

J’appelle dictature du réel l’ensemble des normes, codes, et rouages apparents de notre société en bout de course. Nous vivons sans le savoir sous le joug de cette dictature hypocrite. Le trop fameux principe de réalité (réalité économique et matérielle le plus souvent) qui justifie les visions politiques les plus étroites et soi disant inéluctables (rigueur, austérité, régression sociale, compression des libertés, restriction du champ des possibles et de l’imaginaire, simplification extrême des identités et des cultures), me semble masquer une réalité bien plus dense et complexe à identifier. Seule une poétique libérée de l’illusion du réalisme et du «sociétalisme » (je nomme ainsi la prétention des auteurs à vouloir décrire avec une vaine vraisemblance la société et les individus qui la composent) peut à mon avis insuffler un renouveau des imaginaires et une subversion véritablement humaniste. Il faut pour cela refuser les sirènes de la cohérence dramaturgique et de la causalité psychologique pour mettre en œuvre une écriture du « je » et du « jeu ».

 

Prendre la parole à la première personne, c’est pour moi affirmer qu’il y a autant de réalités que de personnes qui les énoncent. Charge au poète d’assumer sa propre parole et d’en définir les lois qui lui sont également propres. C’est une écriture du «jeu » car c’est un procédé éminemment théâtral.

 

Proposer une alternative à la dictature du réel, c’est affirmer que quelque chose existe que nous ne percevons pas, ou mal, et que la fiction seule peut nous le révéler. C’est affirmer avec Lacan qu’il ne faut pas céder sur son désir, et c’est mettre en œuvre les moyens concrets de faire émerger ce désir, de l’éprouver avec des mots, les mots qui demeurent l’ultime rempart contre la folie qui nous guette*.

 

 

*J’ai le sentiment qu’aujourd’hui les mots disparaissent au profit du réel, c’est à dire que le symbole disparaît au profit de la matière pure – qui sans les mots pour la mettre à distance, n’est plus qu’un amalgame d’atomes en fusion. C’est le signe que nous sommes au seuil d’un basculement collectif vers la folie. C’est le signe d’un moment terrifiant de notre Histoire. Résistons !

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